Vivaldi : Teuzzone (Intégrale)

Album paru le 5 December 2011 chez Opus 111 en Intégrales d'opéra : Après Farnace, publié dans le cadre de l’Édition Vivaldi en 2009, Jordi Savall nous propose un nouvel opéra de Vivaldi, composé en 1719, un dramma per musica en trois actes, sur un livret d'Apostolo Zeno, dont l'action se déroule en Chine, une Chine qui se pare toutefois de teintes très byzantines. Cette épopée politique et amoureuse, qui se nourrit d’intrigues, manœuvres, faits d’armes et trahisons, déclarations d’amour poignantes et œillades trompeuses, faux-testament et vraie parodie de procès, mises aux fers et condamnation à mort, est défendue avec une grande puissance par le chef catalan, dont l'amour pour cette musique reste méconnu.     Par un de ces paradoxes dont l’histoire musicale a le secret, l’oeuvre de Vivaldi demeure largement méconnue malgré la fulgurante réhabilitation dont elle a bénéficié au cours des cinquante dernières années. Comme un prisme déformant, l’extraordinaire succès rencontré par un petit nombre de concertos a éclipsé des pans entiers de la production protéiforme du Vénitien, aujourd’hui enfermé dans son image de compositeur instrumental. Étonnant caprice du destin à l’égard d’un musicien qui, s’il fut le maître incontesté de son temps dans le domaine du concerto, n’en consacra pas moins l’essentiel de sa carrière à l’opéra. La lente redécouverte de l’opéra vivaldien épouse cependant la biographie du compositeur, qui entama sa carrière publique loin des théâtres, cumulant des fonctions pédagogiques à l’Ospedale della Pietà et une activité de violoniste indépendant. Mais dès ces premiers pas, Vivaldi laissait percer une attirance irrépressible pour la voix et pour le théâtre, dans des oeuvres dont chaque mouvement, conçu comme une véritable scène dramatique, annonçait un maître du dramma per musica.     Ce maître se révélera en 1713 avec la création à Vicence d’Ottone in villa, son premier opéra connu, qui devait donner le départ à l’une des plus formidables carrières lyriques du settecento. À compter de cette date, et durant près de trente ans, Vivaldi sillonnera en effet l’Italie septentrionale, faisant représenter ses opéras dans toute la Vénétie mais aussi à Florence, à Milan, à Mantoue, à Pavie, à Reggio Emilia ou à Rome. Ses oeuvres ne tarderont pas à être représentées à l’étranger et reprises par d’illustres compositeurs européens pour nourrir leurs propres compositions.     Entre 1713 et 1741, Vivaldi donnera le jour à une oeuvre colossale, dont la Bibliothèque nationale universitaire de Turin préserve les plus importants vestiges. Les recherches musicologiques conduites jusqu’à ce jour ont ainsi permis d’identifier quarante-neuf livrets d’opéras mis en musique par Vivaldi et de rattacher son nom avec certitude à soixante-sept productions différentes. Ces chiffres, incluant reprises et arrangements, font de lui le compositeur d’opéra le plus prolifique de son époque aux côtés d’Alessandro Scarlatti.     La longueur et la fécondité de la carrière lyrique de Vivaldi attestent de l’important succès rencontré par ses oeuvres, malgré quelques échecs retentissants. Les témoignages de ce succès abondent, à commencer par les commandes prestigieuses reçues de théâtres renommés. Les contemporains seront également nombreux à applaudir le compositeur d’opéra.     Si Vivaldi ne réforma pas l’opéra de son temps à la mesure des changements qu’il imposa dans l’univers instrumental, il n’en demeure pas moins qu’il sut y affirmer son originalité par-delà les codes et les conventions du dramma per musica. Tout d’abord par le souffle dramatique exceptionnel imprimé à ses compositions. Ensuite par le caractère inimitable de ses airs, sublimant le schéma tant décrié de l’aria da capo grâce à l’invention mélodique, la couleur instrumentale et la vitalité rythmique qui font de ses concertos et de ses sonates des oeuvres uniques, reconnaissables entre toutes. En restituant au compositeur des célèbres Quatre Saisons cet aspect essentiel de son génie, la révélation des partitions de Turin assurera ainsi la réhabilitation d’une part capitale de son apport au patrimoine musical commun. Frédéric Delaméa (extrait du livret Naive OP30513, en trois langues, français, anglais, allemand, page 8, à télécharger ou accessible via le Qobuz Player)

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