« Il ne suffit pas d'écouter la musique avec nos oreilles, nous devons l'écouter avec notre âme » (Montserrat Figueras) J'ai rencontré Montserrat pour la première fois au Printemps de 1961, je venais de finir une classe un peu décevante avec mon professeur de violoncelle au conservatoire (qui ne comprenait pas très bien pourquoi je m'entêtais à jouer les Suites de Bach à partir du fac-similé du manuscrit original), Montserrat était la prochaine élève qui attendait, et au moment de sortir, lorsque je passais à côté d'elle, en me voyant très déçu, elle m'encouragea avec de gentilles paroles susurrées à mon oreille : « Ne te décourage pas, tu joues très bien ». J'ai emporté avec moi toute l'émotion de cette première empreinte de sa voix chaleureuse, de cette touche personnelle d'un parfum très subtil mais inoubliable et surtout de son regard déjà si mystérieux pour une jeune fille de 18 ans. Hélas, j'étais bien trop occupé avec mon violoncelle et mes études au conservatoire, pour me distraire avec des aventures impossibles ! En effet, Montserrat me semblait telle une jeune déesse inaccessible car elle venait d'une ancienne famille de la haute bourgeoisie catalane et moi, fils d'une humble famille avec en plus, un père "rouge" et républicain, j'étais son opposé : un simple étudiant sans ressources, qui survivait grâce à une toute petite bourse d'études et un peu d'aide de ses parents. Mais trois années plus tard, cette rencontre s'avéra décisive pour notre futur. Enric Gispert, le directeur de l'ensemble de musique ancienne Ars Musicæ dans lequel Montserrat chantait, demanda si quelqu'un connaissait un bon musicien capable de s'atteler au travail de la viole de gambe, Montserrat s'empressa de dire qu'elle connaissait un excellent jeune violoncelliste qui pourrait bien être intéressé. Alors que je rentrais en train à Barcelone, du stage de musique baroque, tenu par le claveciniste Rafael Puyana à Saint-Jacques de Compostelle (août 1964), j'avais noté dans mon agenda « chercher une viole de gambe ». En arrivant à la maison, mes parents m'annoncèrent une merveilleuse coïncidence. Il fallait que je téléphone à quelqu'un tout de suite. J'appelle et n'en crois pas mes oreilles quand j'entends une voix me dire : « nous avons une viole de gambe pour vous, êtes-vous intéressé par l'étude de cet instrument ? ». Une année plus tard et après beaucoup d'heures de recherche et de travail en autodidacte, j'ai pu participer aux répétitions et aux enregistrements prévus avec l'ensemble vocal dans lequel Montserrat chantait et les autres musiciens de Ars Musicæ. Après deux années de merveilleuses expériences humaines et musicales, nous avons décidé de nous marier à la fin du printemps de 1967 et de commencer une nouvelle aventure ensemble. [...] Jordi Savall (Extrait du texte du livret) [...] Nous sommes ce que nous avons vécu et ce que nous aspirons à vivre. Notre existence atteint la plénitude de son sens lorsqu'elle est dominée par l'impétuosité de savourer le temps qui nous est imparti, de comprendre nos jours et d'en être les protagonistes et non de simples spectateurs. L'art est une porte ouverte pour mieux être, mieux sentir, pour pressentir ce qui nous relie au mystère, ce qui rehausse l'âme humaine et l'éloigne de ce qui n'est que survie. Plotin dans ses Ennéades nous parle du musicien comme d'un être « ému et transporté par la beauté ». Montserrat Figueras était de ces êtres-là. [...] Car la voix de Montserrat Figueras était comme une coloration, une mise en vibration du silence. Elle n'avait pas un timbre et une technique de "cantatrice", dans l'acception la plus courante du terme : le son, sans vibrato, n'était pas large mais portait loin, fendant d'un trait lisse et net les vastes acoustiques. Et ce timbre si mélancolique et feulant, reconnaissable entre tous, semblait glisser sur le silence. [...] Renaud Machard (Extrait du texte du livret)" /> « Il ne suffit pas d'écouter la musique avec nos oreilles, nous devons l'écouter avec notre âme » (Montserrat Figueras) J'ai rencontré Montserrat pour la première fois au Printemps de 1961, je venais de finir une classe un peu décevante avec mon professeur de violoncelle au conservatoire (qui ne comprenait pas très bien pourquoi je m'entêtais à jouer les Suites de Bach à partir du fac-similé du manuscrit original), Montserrat était la prochaine élève qui attendait, et au moment de sortir, lorsque je passais à côté d'elle, en me voyant très déçu, elle m'encouragea avec de gentilles paroles susurrées à mon oreille : « Ne te décourage pas, tu joues très bien ». J'ai emporté avec moi toute l'émotion de cette première empreinte de sa voix chaleureuse, de cette touche personnelle d'un parfum très subtil mais inoubliable et surtout de son regard déjà si mystérieux pour une jeune fille de 18 ans. Hélas, j'étais bien trop occupé avec mon violoncelle et mes études au conservatoire, pour me distraire avec des aventures impossibles ! En effet, Montserrat me semblait telle une jeune déesse inaccessible car elle venait d'une ancienne famille de la haute bourgeoisie catalane et moi, fils d'une humble famille avec en plus, un père "rouge" et républicain, j'étais son opposé : un simple étudiant sans ressources, qui survivait grâce à une toute petite bourse d'études et un peu d'aide de ses parents. Mais trois années plus tard, cette rencontre s'avéra décisive pour notre futur. Enric Gispert, le directeur de l'ensemble de musique ancienne Ars Musicæ dans lequel Montserrat chantait, demanda si quelqu'un connaissait un bon musicien capable de s'atteler au travail de la viole de gambe, Montserrat s'empressa de dire qu'elle connaissait un excellent jeune violoncelliste qui pourrait bien être intéressé. Alors que je rentrais en train à Barcelone, du stage de musique baroque, tenu par le claveciniste Rafael Puyana à Saint-Jacques de Compostelle (août 1964), j'avais noté dans mon agenda « chercher une viole de gambe ». En arrivant à la maison, mes parents m'annoncèrent une merveilleuse coïncidence. Il fallait que je téléphone à quelqu'un tout de suite. J'appelle et n'en crois pas mes oreilles quand j'entends une voix me dire : « nous avons une viole de gambe pour vous, êtes-vous intéressé par l'étude de cet instrument ? ». Une année plus tard et après beaucoup d'heures de recherche et de travail en autodidacte, j'ai pu participer aux répétitions et aux enregistrements prévus avec l'ensemble vocal dans lequel Montserrat chantait et les autres musiciens de Ars Musicæ. Après deux années de merveilleuses expériences humaines et musicales, nous avons décidé de nous marier à la fin du printemps de 1967 et de commencer une nouvelle aventure ensemble. [...] Jordi Savall (Extrait du texte du livret) [...] Nous sommes ce que nous avons vécu et ce que nous aspirons à vivre. Notre existence atteint la plénitude de son sens lorsqu'elle est dominée par l'impétuosité de savourer le temps qui nous est imparti, de comprendre nos jours et d'en être les protagonistes et non de simples spectateurs. L'art est une porte ouverte pour mieux être, mieux sentir, pour pressentir ce qui nous relie au mystère, ce qui rehausse l'âme humaine et l'éloigne de ce qui n'est que survie. Plotin dans ses Ennéades nous parle du musicien comme d'un être « ému et transporté par la beauté ». Montserrat Figueras était de ces êtres-là. [...] Car la voix de Montserrat Figueras était comme une coloration, une mise en vibration du silence. Elle n'avait pas un timbre et une technique de "cantatrice", dans l'acception la plus courante du terme : le son, sans vibrato, n'était pas large mais portait loin, fendant d'un trait lisse et net les vastes acoustiques. Et ce timbre si mélancolique et feulant, reconnaissable entre tous, semblait glisser sur le silence. [...] Renaud Machard (Extrait du texte du livret)" />

The Voice of Emotion (La Voix de l'émotion - Portrait)

Album paru le 26 February 2012 chez Alia Vox en Musique vocale profane : Sous la forme d'un double album, puisant au sein des nombreux enregistrements réalisés sur Alia Vox, ou Astrée, voici l'hommage que rend Jordi Savall et son label Alia Vox à son épouse, Montserrat Figueras, immense artiste, "timbre si mélancolique et feulant, reconnaissable entre tous" (Renaud Machart). Un portrait magnifique, émouvant, qui incite à se plonger une nouvelle fois dans l'épopée discographique du couple Savall - Figueras. « Il ne suffit pas d'écouter la musique avec nos oreilles, nous devons l'écouter avec notre âme » (Montserrat Figueras) J'ai rencontré Montserrat pour la première fois au Printemps de 1961, je venais de finir une classe un peu décevante avec mon professeur de violoncelle au conservatoire (qui ne comprenait pas très bien pourquoi je m'entêtais à jouer les Suites de Bach à partir du fac-similé du manuscrit original), Montserrat était la prochaine élève qui attendait, et au moment de sortir, lorsque je passais à côté d'elle, en me voyant très déçu, elle m'encouragea avec de gentilles paroles susurrées à mon oreille : « Ne te décourage pas, tu joues très bien ». J'ai emporté avec moi toute l'émotion de cette première empreinte de sa voix chaleureuse, de cette touche personnelle d'un parfum très subtil mais inoubliable et surtout de son regard déjà si mystérieux pour une jeune fille de 18 ans. Hélas, j'étais bien trop occupé avec mon violoncelle et mes études au conservatoire, pour me distraire avec des aventures impossibles ! En effet, Montserrat me semblait telle une jeune déesse inaccessible car elle venait d'une ancienne famille de la haute bourgeoisie catalane et moi, fils d'une humble famille avec en plus, un père "rouge" et républicain, j'étais son opposé : un simple étudiant sans ressources, qui survivait grâce à une toute petite bourse d'études et un peu d'aide de ses parents. Mais trois années plus tard, cette rencontre s'avéra décisive pour notre futur. Enric Gispert, le directeur de l'ensemble de musique ancienne Ars Musicæ dans lequel Montserrat chantait, demanda si quelqu'un connaissait un bon musicien capable de s'atteler au travail de la viole de gambe, Montserrat s'empressa de dire qu'elle connaissait un excellent jeune violoncelliste qui pourrait bien être intéressé. Alors que je rentrais en train à Barcelone, du stage de musique baroque, tenu par le claveciniste Rafael Puyana à Saint-Jacques de Compostelle (août 1964), j'avais noté dans mon agenda « chercher une viole de gambe ». En arrivant à la maison, mes parents m'annoncèrent une merveilleuse coïncidence. Il fallait que je téléphone à quelqu'un tout de suite. J'appelle et n'en crois pas mes oreilles quand j'entends une voix me dire : « nous avons une viole de gambe pour vous, êtes-vous intéressé par l'étude de cet instrument ? ». Une année plus tard et après beaucoup d'heures de recherche et de travail en autodidacte, j'ai pu participer aux répétitions et aux enregistrements prévus avec l'ensemble vocal dans lequel Montserrat chantait et les autres musiciens de Ars Musicæ. Après deux années de merveilleuses expériences humaines et musicales, nous avons décidé de nous marier à la fin du printemps de 1967 et de commencer une nouvelle aventure ensemble. [...] Jordi Savall (Extrait du texte du livret) [...] Nous sommes ce que nous avons vécu et ce que nous aspirons à vivre. Notre existence atteint la plénitude de son sens lorsqu'elle est dominée par l'impétuosité de savourer le temps qui nous est imparti, de comprendre nos jours et d'en être les protagonistes et non de simples spectateurs. L'art est une porte ouverte pour mieux être, mieux sentir, pour pressentir ce qui nous relie au mystère, ce qui rehausse l'âme humaine et l'éloigne de ce qui n'est que survie. Plotin dans ses Ennéades nous parle du musicien comme d'un être « ému et transporté par la beauté ». Montserrat Figueras était de ces êtres-là. [...] Car la voix de Montserrat Figueras était comme une coloration, une mise en vibration du silence. Elle n'avait pas un timbre et une technique de "cantatrice", dans l'acception la plus courante du terme : le son, sans vibrato, n'était pas large mais portait loin, fendant d'un trait lisse et net les vastes acoustiques. Et ce timbre si mélancolique et feulant, reconnaissable entre tous, semblait glisser sur le silence. [...] Renaud Machard (Extrait du texte du livret)

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